Hugo Claus s'en est allé...
Le Soir Jeudi 20 mars 2008
L’adieu de Guy Verhofstadt à Hugo Claus
Voici le texte de l’hommage rendu par Guy Verhofstadt à Hugo Claus. Le Premier ministre sortant était un proche de l’écrivain depuis plus de dix ans. Marqué par sa traversée du désert de 1995-96, le libéral flamand avait noué avec lui une série de rencontres profondes et existentielles.
En hommage à son ami, Guy Verhofstadt a annulé sa grande soirée d’adieu qu’il avait organisée au Lambermont mercredi soir.
Hugo Claus n’est plus. Atteint par la maladie d’Alzheimer, il a décidé de mourir dignement et de tirer un trait sur sa vie. La Flandre et toute la région linguistique néerlandophone perdent leur plus grand écrivain. Dans ses romans, ses pièces de théâtre, ses poèmes – qu’il s’agisse du Chagrin des Belges ou des Poèmes d’Oostakker –, il nous tend un miroir de la vie. Une image, il est vrai, assez dure, souvent impitoyable qui nous aide à comprendre qui nous sommes réellement et où se situe notre destinée. Je ne connais personne qui n’ait été impressionné par la force de ses mots. Je ne connais personne qui l’ait rencontré sans avoir gardé de lui un souvenir indélébile.
Hugo Claus était un écrivain touché par la grâce qui défiait le ciel, jusqu’à ce que la vieillesse le polisse inéluctablement en un bloc de marbre sur lequel on aurait voulu si volontiers s’appuyer ou se reposer. C’est ce que j’ai pu faire pendant plus de dix ans. Sa connaissance, sa mémoire phénoménale des faits et des noms, de boxeurs et de vedettes de cinéma, des citations de Montaigne aux poèmes d’Apollinaire. Tout cela est resté intact jusqu’au dernier jour.
Mais imaginons que l’on ne sache plus ce qui s’est passé cinq minutes auparavant. Confondre le jour et la nuit. Ne plus savoir distinguer l’aube, le midi ou le soir. Le verre de vin, la tasse de café qui tombent du bord de la table et s’éclatent par terre.Ne plus très bien savoir comment faire pour marcher, comment mettre un pied devant l’autre.
Tout cela n’est absolument pas grave pour un écrivain. Ce sont même des détails insignifiants. Cela ne l’affectait donc pas. Mais n’être quasiment plus en état de pétrir les mots en des phrases claires, de créer les métaphores et les expressions adéquates, tout ce qui lui est venu sans peine pendant plus de soixante ans, était devenu – je pense – un supplice inévitable et insupportable.
S’il est vrai comme il l’a écrit un jour que « les mots sont les habits de nos pensées », alors il était soudain livré nu au monde. Sans protection. Sans défense. Sans l’arme de son stylo. « J’écris donc je suis » n’avait plus cours. Cela m’afflige de devoir faire mes adieux au maître. Parce que dans chacun de ses écrits et de ses poèmes, il était une lumière (émotionnelle) dans notre sombre monde. Mais je suis aussi apaisé qu’il en ait décidé luimême ainsi. Parce qu’il est parti telle une grande étoile ardente, juste à temps, précisément juste avant de sombrer dans un grand trou noir. Que tout t’aille bien dans le nouveau monde, « dans le giron de la mort chérie ».
■ Guy Verhofstadt, Premier ministre
Hugo Claus a choisi, il est allé voir Paris au cinéma, il a rejoint l'hopital à Anvers. Il a bu le champagne et il est parti.
Vous avez l'heure, j'ai le temps.
Tahar Ben Jelloun.
Ce jeudi, Colette Nys-Mazure nous a parlé de la solitude,
S comme la solitude choisie,
E comme esseulé, état subi, douloureux,
U comme unique, unique possibilité d'exister aux autres, être différent,
L comme libre, libre pour exister vraiment.
Un inédit tracteur qui va à reculons. Un chariot, souvenir d'enfance. Une remontée souvenirs à l'aujourd'hui. Puis l'enfance reconstruite jusqu'au creux des entrailles maternelles. Elle insiste, pas de nostalgie mais un voyage, un voyage d'écriture comme tant d'autres. Françoise Lison me fait penser furtivement à son papa évoquant le passé et le présent comme un monde à raconter, un monde fait de pierres, de nature et d'hommes et de femmes. A travers les anecdotes de la vie. Hier, aujourd'hui. Pas de nostalgie. Des histoires tristes ou heureuses. Simplement des images à évoquer, à réveiller d'autres images. Avec des mots, avec la mémoire.
La résilience se nourrit de l'expérience d'amour, de la possibilité de raconter et des gens rencontrés qui vous donnent du temps.
J'ai entendu. Raconter dans l'écriture leur permet d'exister. Hugo Claus avait encore la mémoire du passé, il perdait sans grands états d'âme ses points de repère dans la vie de tous les jours. Il se savait sans arme. sans mots à écrire. Il a décidé de fermer la page avant de sombrer dans le trou noir....
Elle s'appelle Colette, elle a pris des mots dont elle a exploré les sens, l'essence. A force de connaissances, de reconnaissances, elle nous a mené d'un monde solitaire à un monde solidaire. Pas sur que j'ai tout compris. La parole est fluide, convaincue, elle décrit un monde ou chacun sublime ses faiblesses et celles des autres dans une reconnaissance mutuelle, idéale. Hugo ne croit guère à la pureté, même celle conquise à force d'expériences ou de maturité.
Il s'agit sans doute des multiples facettes d'un monde imparfait. Des fragilités racontées, partagées l'alimentent d'espérances, parfois soldées, parfois écloses, quelques fois inespérées.
Ecrivains. L'écriture pour organiser toutes ces fragilités. Le texte écrit que l'on produit mais aussi celui des autres qu'on lit dans sa tête ou à voix haute. Merci à tous ceux-la qui nous convient à lire et suscitent des pensées que des mots venus d'ailleurs habillent.
Worcq 22 mars 2008